La Cour des comptes française frappe fort dans son dernier rapport. Publié en juin 2026 par le Conseil des prélèvements obligatoires, le document intitulé « Quel avenir pour la fiscalité de l'énergie ? » propose d'instaurer une redevance annuelle de détention sur les véhicules électriques.
Le montant moyen avancé ? 95€ par an, calculé selon la masse et l'empreinte au sol du véhicule. Une somme qui permettrait à l'État français de récupérer environ 3 milliards d'euros de recettes fiscales perdues avec la baisse de la consommation de carburants fossiles.
Pourquoi cette taxe maintenant ?
Le rapport part d'un constat simple : la transition vers le véhicule électrique réduit mécaniquement les rentrées fiscales liées aux taxes sur les carburants. Moins de litres de diesel et d'essence vendus, c'est moins de TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) pour le budget de l'État.
Pour combler ce trou, la Cour des comptes écarte plusieurs pistes. La taxation de la recharge à domicile est jugée techniquement trop lourde à mettre en œuvre, et la législation européenne interdit toute tarification différenciée sur l'électricité domestique. Reste donc l'idée d'une redevance annuelle liée au véhicule lui-même.
Un calcul basé sur le poids et la taille
La redevance ne serait pas un montant fixe pour tous. Elle serait calculée en fonction de la masse du véhicule et de son empreinte au sol. Logique : un gros SUV électrique, plus lourd et plus large, sollicite davantage les infrastructures routières qu'une citadine compacte.
Le Royaume-Uni a déjà tenté l'expérience
Outre-Manche, une taxe kilométrique sur les véhicules électriques existe déjà. Mais les automobilistes britanniques ont trouvé des moyens de la contourner, ce qui souligne la difficulté de mettre en place ce type de dispositif sans créer de fraudes ou d'inégalités.
Un risque pour la transition électrique ?
C'est l'argument qui fâche. Le parc automobile français est encore très peu électrifié — environ 4% du parc roulant. Taxer dès maintenant les propriétaires de véhicules électriques, c'est prendre le risque de freiner une transition qui peine déjà à s'accélérer.
Du côté des acheteurs, la perspective d'une taxe supplémentaire pourrait refroidir les ardeurs, d'autant que le bonus écologique et la prime à la conversion ont déjà été revus à la baisse ces dernières années.
Et à La Réunion ?
Si une telle mesure devait être appliquée à La Réunion, elle s'ajouterait à une fiscalité locale déjà singulière. L'île subit déjà une surtaxe sur les carburants par rapport à la métropole, et les Réunionnais qui ont investi dans l'électrique — souvent à prix fort — pourraient voir l'avantage fiscal fondre progressivement.
La question devient alors : faut-il taxer l'électrique pour compenser la baisse des recettes sur le thermique, ou maintenir l'incitation fiscale le plus longtemps possible pour accélérer la transition ? La Cour des comptes tranche en faveur de la première option. Reste à savoir si le gouvernement suivra cette recommandation.
D'après le rapport « Quel avenir pour la fiscalité de l'énergie ? » du Conseil des prélèvements obligatoires / Cour des comptes, publié en juin 2026.
